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Catherine Dutigny / Elsa

Catherine Dutigny / Elsa

Auteure de romans, de nouvelles, de contes, rédactrice à La Cause Littéraire


So romantic! Nouvelle sur atramenta

Publié par Catherine Dutigny sur 15 Mars 2016, 10:38am

Catégories : #nouvelles

So romantic! Nouvelle sur atramenta

So romantic !

— Balek, balek !

Le petit homme fit résonner les coupelles de cuivre qui ornaient les larges lanières de cuir zébrant sa djellaba. Jouant des coudes et psalmodiant ses « Balek ! », il se fraya un passage dans la foule puis se planta devant l’objectif de mon Nikon ; une attitude hautaine à peine démentie par son large sourire ombré des franges multicolores de sa tarazza.

— La gazelle, prends-le en photo et donne-lui quelques dirhams si tu veux que le guerrab te fiche la paix, me chuchota Idriss, mon jeune guide-interprète marocain.

J’obtempérai, pensant échapper à la dégustation d’une eau aux origines douteuses, eau qui stagnait - je n’osai imaginer depuis combien de jours – au fond de la gourde. Erreur de débutante ! L’instantané et les dirhams que je tentai de lui glisser dans la main n’étaient à ses iris de geai guère plus mirifiques que de la roupie de sansonnet. Le vieil arabe continuait à prendre la pose dans une attitude hiératique tout en me tendant maintenant une coupe de flotte à avaler.

Devant mon air hésitant, Idriss me glissa à l’oreille : « C’est sa manière de te souhaiter l’hospitalité. Bois, sinon tu vas le vexer ». En gros, il m’exposait, le sourire aux lèvres, à une furieuse dysenterie. Dans un réflexe idiot, je mis ma main dans ma poche à la recherche des comprimés censés purifier l’eau, puis je me ravisai, imaginant la scène et redoutant l’outrage que j’aurais alors infligé au porteur d’eau. Idriss insista avec douceur : « Fais-le, tu ne crains rien, je te le promets ». Je pris la coupelle, la porta à mes lèvres et bus, la gorge à moitié nouée… L’eau avait le parfum légèrement camphré de la santonine, était fraîche et déployait des sapidités de violette qui flattaient le palais. Divine surprise ! Les yeux mi-clos, je me vis transportée en un antique caravansérail, pieds nus sur les carreaux de faïence émaillée, humant l’odeur du musc, du cuir brûlé, de l’essence de rose et de tabac doré, si ces références enchanteresses ne m’avaient été suggérées par la lecture d’un conte de Daudet, abandonné la veille au soir sur la table de chevet dans ma chambre d’hôtel. Quand la coupelle fut aussi sèche que la peau de chèvre de la gourde, le guerrab me gratifia d’une prière et d’un « Allah ibark fit » auquel Idriss répondit machinalement par un « Wa fik barak Allah ».

— Il a dit quoi ? interrogeai-je. 

— Ça veut dire qu’Allah t’accorde ses bénédictions !

Je remerciai mon précieux traducteur et m’enquis, avec une once bien pesée d’insistance afin d’échapper aux tourments d’une deuxième tournée, du programme de la visite, en lui glissant au passage que je commençais à avoir faim.

Idriss leva les yeux au ciel, la paume des mains tournée en une invocation divine.

 

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