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Catherine Dutigny / Elsa

Catherine Dutigny / Elsa

Auteure de romans, de nouvelles, de contes, rédactrice à La Cause Littéraire


Critique du roman Lala pipo de Hideo Okuda pour La Cause Littéraire

Publié par Catherine Dutigny sur 25 Septembre 2016, 11:47am

Catégories : #critiques de romans

Critique du roman Lala pipo de Hideo Okuda pour La Cause Littéraire

Lala pipo, Hideo Okuda

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa 23.09.16 dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Wombat

 

Lala pipo, Nouvelles Éditions Wombat, août 2016, trad. japonais Patrick Honnoré, Yukari Maeda, 288 pages, 22 €

Ecrivain(s): Hideo Okuda Edition: Wombat

Lala pipo, Hideo Okuda

 

Lala pipo, entendre et comprendre non pas le nom d’une prostituée ou d’une nouvelle Lolita, mais « A lot of people », mal prononcé en japonais, a été publié en 2005 au Japon, puis adapté au cinéma en 2009 par Tetsuya Nakashima, avec comme acteur principal Hiroshige Narimiya, idole de toute une génération de teen-agers nippons. Le roman, constitué de six chapitres qui peuvent se lire comme autant de nouvelles, chacune introduisant un nouveau personnage, la dernière bouclant sur la première en une construction circulaire parfaite, explore la vie et les déviances sexuelles de plusieurs Tokyoïtes.

Mais pas n’importe lesquels. Hideo Okuda, avec malice et une ironie mordante, choisit ses héros parmi les laissés-pour-compte de la réussite à la japonaise, les « Okatu » ou « Hikikomori » rétifs à tout contact social, les femmes au foyer ou exerçant de petits boulots peu payés, un écrivain de nanars érotiques en mal d’inspiration, ou les seconds couteaux de l’industrie du sexe dans le quartier très « tendance » de Shibuya.

Personnages pour certains ubuesques, telle cette mère de famille privée de relations amoureuses avec son mari – passé quarante ans au Japon, la libido même en couple est considérée incongrue – qui est prête à tourner des vidéos « spéciales » pour retrouver le plaisir de l’orgasme, ou ce rédacteur free-lance de trente-deux ans dont l’activité sexuelle se résume à de multiples masturbations acrobatiques en espionnant les ébats de son voisin de l’étage supérieur.

Ce roman, sous l’apparente légèreté du sujet, dépeint admirablement de nombreux travers d’une société qui peine à vivre une sexualité épanouie, paradoxe saisissant au pays de l’art érotique, des « shunga » humoristiques, des mangas et « anime » pornographiques et où la majorité sexuelle est légalement fixée à l’âge de treize ans. L’auteur profite également de chaque épisode pour dénoncer avec finesse de multiples préjugés : on ne fréquente que des personnes appartenant à la même classe sociale, les gros et les chauves sont méprisés, le comble de la réussite pour une femme japonaise est de s’habiller en Gucci, etc.

Ces hommes et femmes pathétiques sont le plus souvent victimes de leurs agissements, de leur crédulité et de leur cupidité, le sort allié aussi parfois à leur sottise s’acharnant à briser leurs rêves et à les renvoyer à leur solitude dans la gigantesque fourmilière de Tokyo.

Hideo Okuda ne force pas le trait et la compassion souvent l’emporte, même si le procédé littéraire tient parfois à l’astuce d’une pirouette.

Quand l’écrivain poursuivi par la police après avoir été piégé par des lycéennes dans un karaoké box trouve refuge auprès d’un SDF, celui-ci l’accueille avec générosité : « – Bon, d’abord on va te préparer une tente à côté de la mienne. Je te passerai des cartons. Tu n’as plus besoin de t’inquiéter ; ici, il n’y a que des gens comme toi. Ces mots l’émurent aux larmes. Dans ce monde, il y avait des gens gentils ! » (p.236).

Les scènes de sexe abondent, thème oblige, du cru qui peut rebuter certains lecteurs, et ce serait dommage car l’humour est perceptible à chaque instant et le texte ne glisse jamais dans la pornographie.

 

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